KILLING TIME

 

 

Présentée à Paris à la JTM Gallery puis chez Agnes B, l’œuvre « Killing Time » (2009) d’Etienne de Fleurieu m’a toujours semblé un leurre – je le préfère au mot « pièce »- particulièrement efficace, et très réussi. Son apparence froidement technique peut se décrire ainsi : un caisson lumineux de 2, 50 mètres par 1, 50 mètre, posé à la verticale, et dont la lumière émise en son intérieur se diffuse sur un plan rectangulaire offert à la vue, occulté par de fines bandes de films cinématographiques 35 mm récupérés au hasard et estampés sur un papier noir. Sur cette surface, l’artiste a procédé à un tir de chevrotine serré, à un arrosage coriace de malfrat d’art, présenté de manière à ce que les crêtes en relief des impacts de balles soient visibles au spectateur qui regarde le caisson. Malgré son apparente complexité, « Killing Time » offre une image paradoxalement épurée et douce. Dans l’obscurité on n'est ainsi guère confronté à la violence – et cette envie supposée de meurtres (« Killing ») sur des images de films non visibles (sur des images certes cachées mais évoquant en palimpseste tout de même le mouvement, les traces, les souvenirs et la lumière des vies). Mais au contraire, par une paix troublante, un fait (a)temporel (Time), vision contemplative, cosmos lumineux, voûte céleste aux points scintillants et irradiants. Si l’installation conjugue une polysémie de sens, de la nature du heurt à l’irisation étal du temps, la forme elle-même étend son paradoxe : elle n’offre que fort peu de ce qui fait poids ou présence héroïque propre aux agencements sophistiqués, manipulations combinatoires, mécaniques désignées des installations ; mais au contraire, elle propose une image frontale, une couleur sculptée a minima, geste sans images, sans poids, mais pas sans attraction, absorbant toute matière, tout mouvement, hormis le scintillement. « Killing Time » est une sculpture qui existe en devers de l’image, comme un objet-plan émaillé, duchampien et affectif à la fois, fracturé et tendre de toutes parts, proposant in fine un silencieux flux des lectures, questions et sources. Cette attention suggestive au temps, à sa matière, sa texture, sa résonnance surtout, est chez Etienne de Fleurieu une matière expansive: l’artiste a ainsi proposé des mécaniques d’hypothèses, des œuvres récentes sur papier portant la marque du dessin et celle des petits trous comme des boites à musique ou des orgues ambulants à cartes ; ou encore des schémas à priori scientifiques, hémisphères abstraites, mais en réalité images latentes ou iconiques. Oeuvres d'une infinie langueur comme autant de signes, gestes, actions, à lui même, et à nous, esquissant de singuliers désirs d'émancipation du réel, d'abandon de la matérialité, comme nouveaux territoires, refuges et migrations émotionnels.

Laurent Boudier 

 

KILLING TIME

Pellicules cinematographique perforées à la chevrotine et montées sur caisson lumineux. 250 x 150 x 15 cm

collection Sandor Guterman 

07/09/2018 Etienne de Fleurieu at JTM Gallery - Artforum International Magazine, New York, NY.

The drawings in Etienne de Fleurieu’s solo exhibition, “I’m taking time away to dream,” are imbued with a subdued violence. A modern alchemist who turns dynamic violence into understated art, Fleurieu uses the explosive power of the gunshot to transcend the two- dimensional medium, making it explode into the third dimension.

The visitor is drawn into the show via a large freestanding light box, Killing Time, 2009. The collage of discarded 35-mm filmstrips, riddled with small bullet holes, allows light to escape only through the punctures. Sequentially laminated onto a two-dimensional surface, the work creates, in effect, a spatial representation of the passing of time. It also provides an interesting conceptual strategy, since the artist shot at his films, literally “killing time.” Yet Fleurieu doesn’t stop just at film; he aims at paper, too. A close examination of Shotgun Symphony, 2009, reveals hundreds of bullet holes, each transformed into musical notes by a delicate crochet drawing.

A smaller-scale series titled “Hide and Seek,” 2008, depicts scenes from a winter forest: dark leafless trees contained within two overlapping palm prints are set against a white background. Here again, the textural aspect is predominant: While bullet holes created a visual and tactile texture in Shotgun Symphony, the texture in these drawings comes from a more intimate source: the artist’s hands. They seem to illustrate the contrast between the cold outside world and the textured warmth of the inner world, between reality and dream.

— Julia Moreno de Rouvray